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Visualiser notre futur...
Cette année 2009 commence sous le signe lugubre de la récession en "U", voire en "L" (c'est à dire que la remontée pourrait ne pas être visible de si tôt).
La débâcle du système financier, boursier et par conséquent d'une bonne partie de l'économie a sans doute obligé plusieurs d'entre nous à revoir leur opinion concernant le pouvoir de la "main invisible" chère aux théories libérales dominant nos marchés. De mon côté, je trouvais déjà depuis quelque temps que cette "main invisible", une idée par ailleurs fantastique sur le papier, ne semblait pas très bien fonctionner - du moins pour de nombreux acteurs économiques. Maintenant, j'en suis réduite au triste constat que le complexe labyrinthe constituant nos sociétés, une merveille de sophistication, l'est tellement, sophistiqué, qu'il semble parfois échapper à tout contrôle, et plus grave encore, que ceux qui sont censés le faire fonctionner ne comprennent plus trop ce qu'ils font (voir le fiasco des subprimes déguisés en instruments financiers de bonne qualité) - la "main invisible" avance à tâtons !
Ce triste constat a éclairé d'un nouveau jour le document présenté ci-dessous, que j'avais commencé à préparer il y a quelques mois déjà.
En gros il s'agit de visualiser comment nous allons voir nos sociétés changer dans les décennies à venir - et je pense qu'on peut dire que le processus est déjà amorcé.
Il faut regarder la réalité en face: actuellement, le fait que nous ayons à notre disposition des sources énergétiques relativement peu chères rend possible une mobilité sans précédent, et nous évite de nous soucier de bien des tâches effectuées de façon mécanique ou automatisée, ce qui permet par conséquent un confort de vie qui sera remis en cause dès que ces énergies seront soit trop chères, soit... manquantes.
N'oublions pas que la consommation annuelle de pétrole, principale source d'énergie mondiale, représente l'équivalent énergétique de 155 milliards d' "esclaves pétroliers" travaillant pour nous 12 heures par jour non-stop* (par comparaison, il y a actuellement 6,7 milliards d'êtres humains). Hmmm... qui va s'y coller lorsque nous aurons moins de ces "esclaves" ?
En démarrant ce blog je souhaitais engager une discussion sur ce à quoi nos sociétés industrielles et "développées" ressembleront dans un monde où les ressources énergétiques disponibles (ainsi que d'autres ressources, comme l'eau ou le sol arable) ne suffiront plus à répondre à la demande.
Ce qui suit est ma première tentative de "visualiser" ce qui nous attend. J'espère que c'est un peu moins déprimant à lire que du Dmitry Orlov ou du Wolf at the Door, mais ça n'est pas une vision très positive.
Cliquer ici pour "Visualiser notre futur". (le document s'ouvrira en pdf)
Un prochain post nuancera ce tableau à haut niveau: selon les circonstances dans lesquelles se trouve chaque pays, chaque région, la transition s'effectuera plus ou moins rapidement et plus ou moins de manière ordonnée.
Merci par avance de vos commentaires !
* en excluant les déperditions d'énergie
Pourquoi notre société industrielle connaîtra bientôt des bouleversements majeurs
Cette série de posts vise à rassembler faits et statistiques démontrant que des difficultés d'approvisionnement en pétrole et en autres ressources naturelles sont à attendre bientôt.
Le pétrole est l'un des piliers de l'activité économique actuelle
- Le pétrole est la source d'énergie la plus importante dans le monde - 36% de la consommation d'énergie primaire (1)
- 90% du transport dans le monde dépend du pétrole (2)
- Ce qui rend le pétrole particulièrement intéressant c'est son contenu énergétique. 1 seul baril de pétrole représente autant d'énergie qu'en dépenseraient 5 travailleurs agricoles travaillant 12 heures par jour, tous les jours pendant un an (3)
- Le monde consomme actuellement 30.5 milliards de barils par an (4), ce que l'on pourrait donc considérer comme environ 152 milliards d' "esclaves pétroliers"
- Environ 90% de l'énergie utilisée pour la production agricole provient du pétrole et du gaz, notamment pour réduire l'effort humain de 500 à 4 heures par acre (environ 0.4 hectare), et pour fournir des fertilisants et pesticides. (5)
- La Révolution Verte - permise notamment par cet apport gigantesque en énergie supplémentaire - correspond à une augmentation de la production céréalière mondiale de 250% entre 1950 et 1984 (6)
- Environ un tiers (31% ou $129 milliards) des dépenses du commerce de détail au Canada sont directement liées aux véhicules motorisés (véhicules eux-mêmes, produits et services connexes, carburants, huiles...) (7)
Comprendre le "pic pétrolier"
Comme son nom l'indique, le pic pétrolier fait référence au point où la production maximale de pétrole (en général, on parle de la production mondiale) est atteinte, avant d'entamer son déclin.
Bien que cette idée soit assez facile à accepter étant donné le temps ayant été nécessaire à la formation du pétrole, un débat entamé il y a plusieurs dizaines d'années vise à déterminer la date à laquelle nous atteindrons le pic, et de quoi ce pic aura l'air (en particulier, y aura-t-il un brusque déclin de la production à ce moment-là, ou bien par exemple un "plateau" avec un niveau de production se maintenant pour quelques années avant de décliner)
Il est en fait très difficile de trancher dans ce débat principalement pour les raisons suivantes:
- des facteurs économiques et politiques peuvent mener certains pays à surestimer leurs réserves pétrolières
- l'évolution des prix du pétrole peut rendre rentable la production dans certaines régions (par exemple offshore) et pour certains types d'hydrocarbures (ex. les sables bitumineux), alors qu'elle aurait été trop coûteuse auparavant. Ceci dit, il faut aussi tenir compte du délai entre premiers forages et mise en exploitation commerciale, pouvant atteindre plusieurs années.
- de possibles avancées technologiques permettant la récupération de davantage de pétrole dans chaque réservoir (on estime que le taux de récupération global est d'environ 35% actuellement)
- l'existence de substituts crédibles au pétrole (en termes de coût, de disponibilité etc.)
- d'autres facteurs, par exemple de possibles lois visant à décourager les émissions de gaz à effet de serre (le pétrole en est une source lorsque brûlé)
Le graphique ci-dessous donne un exemple des grandes divergences d'opinion qui existent à propos de la date du pic:
Source: Energy Watch Group, 2007. Inclut la production pétrolière provenant des sables bitumineux.
(1) International Energy Agency; 2002
(2) Energy Watch Group, 2007
(3) The New Scientist, juin 2008
(4) BP Statistical Review of World Energy, juin 2007
(5) David Pimentel de Cornell University, 1998; cité dans The Post-Petroleum Paradigm de Walter Youngquist, 1999
(6) Constraints on the Expansion of Global Food Supply, Kindell et Pimentel, 1994
(7) Statistics Canada, 2007
Liens utiles
Si vous avez aimé ce blog, vous pourriez être intéressé par ces autres sites qui traitent du pic pétrolier - bonne lecture !
En français:
Sommes-nous prêts ? Ce site donne plusieurs pistes de réflexion sur la vie après le pétrole et propose un forum. Il est également accompagné d'un blog où son auteur explore la vie en quasi-autarcie, dans les Vosges.
Oléocène.org Site de référence pour beaucoup de personnes dans la communauté "peak oil" francophone, il propose entre autres un wiki du pic pétrolier et un forum très fourni et alimenté par de nombreux membres. A voir aussi, l'Hebdo du PO qui recense en vidéo les nouvelles de la télé relatives aux approvisionnements pétroliers.
Autarcies... se préparer à la vie sans pétrole. Site pouvant vous aider à vous préparer à un mode de vie plus autarcique, mais pas pour autant un repli sur soi. Il fourmille de trucs pratiques classés par thème (l'eau, la terre, l'alimentation...)
Vaut-il mieux...? Ce site rassemble de nombreuses informations visant à permettre à chacun de faire les bons choix (alimentation, transport, logement...) pour préserver la planète.

01/11/09 02:45:31 pm, 